Burkini, le grand renoncement

Ce lundi 16 mai 2022, Eric Piolle, le Maire écologiste de Grenoble, a soumis au vote en conseil municipal, la modification du règlement intérieur concernant l’autorisation du port du burkini et, accessoirement, des seins nus, dans les piscines municipales. La majorité fut obtenue de peu et Grenoble marche dorénavant dans les pas de la ville socialiste de Rennes.

Ce débat politique initié par cette gauche radicale est un révélateur, pour ne pas dire un catalyseur, du clivage politique et religieux provoqué par l’islamisation de la France. Alors que, selon l’IFOP, 69% des Français se déclarent opposés aux horaires séparés dans les piscines, 72% des Français de confession musulmane s’y disent favorables. De même, 72% des Français s’opposent à l’autorisation du burkini dans les piscines tandis que 75% des Français musulmans se déclarent pour. Nous assistons à une nouvelle manifestation du délitement de notre matrice culturelle commune, condition essentielle de l’unité d’un peuple, fondée sur une vision partagée de la mixité sociale et de la place du religieux dans l’espace public. Ce que Mathieu Bock-Côté appelle « la privatisation de la culture pour la réduire à une série de préférences culturelles ».

Cette actualité et ce sondage d’opinion sont une démonstration supplémentaire de l’enrayement de l’assimilation, voire même de l’intégration, et, au contraire, la preuve de la vivacité du repli communautaire islamique.

Ce sujet du voile est trop souvent contourné par les responsables politiques qui tentent de s’y opposer en le réduisant à un symptôme de la soumission forcée des femmes sous la pression islamiste. Si ce port est en effet contraint et subi pour certaines d’entre elles, une part significative arbore bien le voile par choix. Il en est de même pour le burkini, personne n’obligeant ces femmes à se rendre à la piscine. Nous sommes donc face à une bataille militante dont la victoire sert avant tout la frange la plus radicale et politisée des musulmans.

Le nombre de musulmans augmentant chaque année, il est peu probable que ce sombre clientélisme électoral s’arrête aux abords des piscines. Il n’y a rien de fantasmagorique à ce qu’il puisse s’appliquer demain à d’autres infrastructures sportives, à l’hôpital public voire, à terme, aux services publics en général, d’autant plus, que la gauche traditionnelle républicaine et laïque est aujourd’hui minoritaire dans son propre camp. Cette mutation idéologique prend corps dans la domination du courant islamogauchiste au sein du bloc dirigé par Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles et législatives.

Le respect de la « liberté individuelle » et la « tolérance » sont les arguments invoqués pour encourager une pratique qui est non seulement une entorse aux mœurs françaises, mais aussi une régression dans l’appréhension du corps de la femme vue comme un vil objet de tentation sexuelle dont il faudrait encourager la dissimulation, dans l’espace public.

La confrérie des Frères musulmans est habituée à pratiquer cette technique de judo politique qui consiste à retourner la force de l’adversaire contre lui. En l’occurrence, ils brandissent des valeurs proprement occidentales, telles que la liberté individuelle et les droits de l’homme,  pour faire avancer l’application de la charia dans la société européenne.

Cet argument du respect de la « pudeur » des femmes musulmanes a de quoi interroger alors même que les salafistes n’autorisent pas, par principe, les vêtements moulants ou la baignade mixte. Il est évident que ces femmes salafistes refuseront de se baigner, même intégralement couvertes, au milieu d’autres hommes. La question du burkini ne peut donc être décorrélée de celle de la séparation des hommes et des femmes au sein d’une infrastructure municipale financée par l’argent public.

Nous touchons du doigt l’un des points centraux de la divergence entre la culture islamique et la culture chrétienne. Alors que dans la première, c’est aux femmes de cacher leurs atouts ou d’éviter les espaces communs avec les hommes afin de leur épargner la tentation du péché. À l’inverse, la culture chrétienne des Européens privilégie l’éducation des hommes, incités à se contenir face aux désirs que peuvent susciter les femmes à leur endroit.

Par ailleurs, expliquer que le voile, y compris de bain, serait « un vêtement comme un autre » est une scandaleuse escroquerie intellectuelle et morale alors que des millions de femmes dans le monde sont encore opprimées, arrêtées, violentées, voire condamnées à mort pour refuser de le porter.

Ouvrir ce débat en France alors qu’actuellement des Afghanes manifestement courageusement contre le retour de l’imposition de la burqa par le gouvernement taliban devrait faire honte à ces élus.

Si le « topless », selon l’expression consacrée, relève des règles de bienséance de base, le burkini présente une dimension religieuse qui rend complètement inopérant un quelconque parallèle. Le problème politique posé par ces deux cas ne relève pas du même plan.

Il est permis de douter que des associations de femmes militantes pro « topless », financées en partie par l’étranger, et porte-voix d’un communautarisme nudiste aient fait pression sur les élus pour obtenir cette dérogation à la règle. Il est encore moins probable que ces mêmes élus aient cédé, espérant y trouver là un outil de clientélisme électoral.

Nous sommes au cœur d’un défi civilisationnel majeur qui va s’amplifier dans les années à venir et sur lequel la moindre concession fera le lit des plus radicaux. Il s’agit tout simplement de trancher entre une France de culture française ou une France à guichet où chacun peut faire valoir ses mœurs étrangères au détriment de l’unité nationale.